
On ne peut pas réellement appeler ça du désespoir, parce que ça impliquerait la perte de quelque chose que j'aurais préféré ne jamais connaître.
J'avais arrêté d'attendre quoi que ce soit des hommes, par fierté et esprit de conservation morbide. Si on n'attend rien, on n'est pas déçu. Sans déception, pas de désespoir.
Puis j'ai croisé le regard de cet homme. J'ai eu envie d'y croire. Sincèrement.
J'ai voulu retrouver ma foi dans le sexe masculin, redonner à l'amour son blason doré que j'avais terni de ma bouche et de toute mon indifférence.
C'était extraordinaire, pour moi. Mais pas dans le sens positif. Après tout, même avant mes désillusions qui m'avaient poussé à ignorer l'amour, je ne croyais pas au coup de foudre.
Aimer quelqu'un juste avec un regard, c'est idiot. C'est aimer une illusion, c'est façonner l'autre comme on le souhaite, fidèle à notre idéal. Ça reste dans le domaine du fantasme.
Puis j'ai croisé cet inconnu. Et son regard ambré. Je ne l'ai pas revu depuis. Mais il me hante et m'obsède. C'est vain, je sais. Mais je ne peux pas m'empêcher de vouloir y croire.
J'ai cru le reconnaître un peu, dans les yeux de cet autre inconnu. Mais non, ce n'était pas lui. Mon c?ur, mon âme n'ont pas eu le moindre frisson, le moindre sursaut, alors que rien que l'idée d'entendre et de croiser de nouveau mon bel inconnu, je frissonne, je déraille.
Et depuis, je perds le sommeil et la vision des couleurs. Et depuis, je compte les jours, les heures qui me séparent de la dernière fois que je l'ai aperçu. Depuis, je perds le goût de la vie sans lui. Depuis, je deviens folle. Je souhaite le retrouver, le revoir. Un mot. Un sourire. Son regard troublant.
L'attente dans laquelle je vis depuis dix-neuf jours m'excite et m'effraye. Je me terrifie par ce manque irrationnel dans lequel je vis.
C'est ridicule, non, d'espérer plaire à cet homme, de vouloir le revoir, de souhaiter être protégée dans ses bras, aimée entre ses draps.
Mais si jamais la vie vient le placer de nouveau sur mon chemin, je jure que je lui sourirais et que je lui prendrais la main, dans l'espoir futile que nos routes restent un moment dans la même direction, en espérant qu'il me rende ma foi, qu'il m'apprenne l'amour.
Parce que le désespoir n'est décidément pas fait pour moi.