
Comment puis-je aimer un abruti pareil ? Il est beau, certes, mais c’est à peu près tout ce qu’il a pour lui.
Le soir, quand il s’endort dans mes bras, au début c’est bien, c’est agréable de le sentir là, avec moi, de pouvoir l’embrasser. Et puis, au bout d’un moment, il commence à me tenir chaud, à prendre ses aises, mais je n’ose pas le déranger. Alors je me tourne, et quand je me réveille le lendemain, il est étalé en plein milieu du lit. Et moi, la tête sur le coin de l’oreiller, je dois me contenter du tiers droit du matelas. Droit, toujours, parce que, allez savoir pourquoi, il refuse de dormir ailleurs qu’à ma gauche. Mais il est tellement beau. J’adore mettre ma tête sur son ventre et l’écouter, le sentir respirer.
Lorsque nous nous levons (toujours, ou presque, en même temps), il erre souvent dans la cuisine, venant me supplier jusque devant les toilettes, jusqu’à ce que je lui montre que son déjeuner est prêt, à sa place habituelle. Comme si, depuis le temps, il n’avait toujours pas compris.
Dès qu’il a mangé, il part faire un tour, sans un mot, rien. Parfois, il reste avec moi, mais jamais très longtemps.
Il faut dire qu’il a peur des gens. Dès qu’un inconnu montre le bout de son nez, il se planque. Et ne revient qu’une fois que l’autre nous a quitté. Même avec les gens qu’il connaît, il s’approche avec circonspection, prêt à courir au moindre bruit trop fort. Il arrive même qu’il fuie devant moi. Mais quand il me regarde, avec ses grands yeux bleus remplis d’amour, je craque.
Parfois, quand ma porte est fermée, il signale doucement qu’il est là, puis attend, quelquefois plusieurs minutes, patiemment, que je lui ouvre. Dans la maison, et même dehors, il ne marche qu’en rasant les murs, et franchit au pas de course les surfaces découvertes. Probablement à cause d’un souvenir traumatisant de son enfance.
Il aime bien, pour observer ce qui se passe, se poster en hauteur, sur un escalier ou un mur. Avec ses yeux écarquillés, je lui dis qu’il ressemble à une chouette. Il ne doit pas m’en vouloir, il est toujours là pour moi. Quand je l’embête, ou lui fais des câlins et qu’il n’a pas envie, il attend simplement que ça passe, en ouvrant de grands yeux réprobateurs. Il est probablement le seul à supporter ma musique, même au volume maximal. Il parle peu, mais écoute tout ce que je lui dis.
Malgré tous ses défauts, je l’aime. Et je le lui répète.
Au fond, on est pareils, lui et moi. Lents à la détente et antisociaux, on se ressemble. Mes converses sont rayées, ses grosses patasses aussi. Tel chat, tel maître.
Je t’aime Mounet.